Réalisé par Sean Ellis
Avec Sean Biggerstaff, Emilia Fox, Shaun Evans
Film britannique.
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h 34min
Ben Willis , étudiant aux Beaux-Arts, se fait plaquer par sa petite amie Suzy. Devenu insomniaque suite à cette rupture, il se met à travailler de nuit au supermarché du coin.
Là, il fait la connaissance de quelques personnages hauts en couleur qui cultivent, chacun à sa manière, l'art de tromper l'ennui pendant les longues heures de travail.
L'art de Ben consiste à imaginer qu'il suspend le temps, ce qui lui permet d'apprécier la beauté du monde "en mode pause" et des êtres qui le peuplent.
Il est particulièrement sensible au charme de Sharon, la discrète caissière qui détient peut-être la clé de ses insomnies.
Nommé aux oscars 2006 dans la catégorie meilleur court-métrage, le premier Cashback du néo-cinéaste Sean Ellis était un essai de 18 minutes concourrant à une description de l'ennui. Son succès le pousse à revoir son bébé, et à le faire renaître sous la forme d'un long, 1h34 de travail sur l'imaginaire du spectateur. Et avec talent s'il vous plait.
C'est à travers les mésaventures sociales d'un jeune étudiant que nous allons parcourir le film. Celui-ci vient de se faire lachement jeter par sa copine, 2 ans et demi après le début de leur relation. Evidemment, ça fait mal, très mal. Ben est victime d'insomnie, il ne dort plus. Il décide alors de postuler dans l'équipe de nuit d'un supermarché. Mais 8 heures de travail d'affilée, ça use.
L'ennui était un sujet qui faisait figure de casse-gueule, et ce à juste titre. Seulement, par le biais d'une mise en scène purement esthétisante (le monsieur était photographe de mode), Ellis parvient sans difficulté aucune à rallier le spectateur à son sujet. Pour passer le temps, Ben... l'arrête. Le monde qui l'entoure est sur pause, exception faite de lui-même, pouvant se déplacer et faire tout ce qu'il désire.
Déshabiller les clientes du magasin, cela ne lui pose aucun souci moral. Vénérant les formes féminines depuis la vue d'une suédoise entièrement nue dans son innocente jeunesse, Ben dévétit ces femmes, les observe longuement, et les peint.
Le réalisateur multiplie les effets de style dans l'ensemble de ses scènes, donnant à ses plans des allures de tableau. Des tableaux vivants, dans lesquels les morceaux de musique classique de la BO sublimeront chaque instant, chaque longue et merveilleuse seconde. Pas très original il faut l'admettren mais bigrement efficace. Les décors aux couleurs diaphanes ne manqueront pas de donner à ces instants un charme indéniable. Une douceur également imprimée par la voix off, le personnage contant ses états d'âme et ses réflexions sur sa courte vie. Mais si ces passages figés ne font pas tout le film, ils en constituent tout de même la quintessence.
Un fabuleux délire onirique, une réalité virtuelle sublime en tous points.
Le reste est tout aussi bon. Parfois émouvant, souvent hilarant, le ton déjanté du récit fait la part belle à des personnages aussi attachants que délirants. Et toutes ces petites personnes de se faire involontairement et docilement manipulées par l'imaginaire débordant du jeune étudiant aux beaux-arts. Le scénario, tout en retenue (on notera paradoxalement à certaines scènes de nu, un certain puritanisme), met en avant ses protagonistes, qui servent magnifiquement une narration certes un peu inégale, mais une histoire dont l'irrationnalisme n'a d'égal que l'esthétisme clipesque lui servant de support.
Ainsi, si Cashback a clairement pour objectif de sublimer chaque instant par des lumières et des décors purement esthétiques, le premier long-métrage de Sean Ellis s'avère être une réelle réussite, servi par un casting parfait et un univers inepte génial. Un cinéaste à suivre, assurément.




